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2 journalistes espagnols sont tués au Burkina Faso

2 journalistes espagnols sont tués au Burkina Faso

Les journalistes tournaient un documentaire sur les activités de lutte contre le braconnage dans ce pays d’Afrique occidentale lorsque leur convoi est tombé dans une embuscade.


Roberto Fraile
Roberto FraileCredit…J M García/EPA, via Shutterstock

Deux journalistes espagnols qui réalisaient un documentaire sur la lutte contre le braconnage ont été tués au Burkina Faso après avoir été enlevés dans ce pays d’Afrique occidentale lundi, selon les autorités espagnoles, alors qu’une troisième personne aurait également été enlevée et tuée.

Ces meurtres surviennent à un moment où la violence augmente au Burkina Faso et où la situation sécuritaire se détériore au Sahel, notamment dans la zone frontalière entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Le Burkina Faso a été le théâtre d’attaques de nombreux groupes armés, dont plusieurs sont liés à l’État islamique et à Al-Qaïda au Maghreb islamique.

Des assaillants à moto ont pris d’assaut d’innombrables villages, forçant les habitants à se convertir à l’islam et les tuant parfois même lorsqu’ils le font. D’autres ont tendu des embuscades à des patrouilles militaires et tué des membres des forces armées, et des centaines d’écoles ont dû fermer en raison de la violence.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a confirmé mardi la mort des deux journalistes espagnols, qu’il a identifiés sur Twitter comme étant David Beriain et Roberto Fraile.

Les deux journalistes faisaient partie d’un groupe de 40 personnes qui sont tombées dans une embuscade lundi dans une réserve naturelle de l’est du Burkina Faso, près de la frontière avec le Bénin, a déclaré Arancha González Laya, ministre espagnol des Affaires étrangères.

David Beriain
David BeriainCredit…Jose Carlos Cordovilla/Diario de Navarra, via Associated Press

Le convoi qui a été attaqué comprenait également un citoyen irlandais, ont indiqué les autorités du Burkina Faso dans un communiqué. Trois soldats burkinabés ont été blessés et un quatrième a été enlevé, précise le communiqué. Le sort des autres, ainsi que l’identité de ceux qui ont perpétré les meurtres, n’étaient pas clairs.

L’est du Burkina Faso, en particulier autour de la ville de Fada-Ngourma, près de la réserve où les journalistes ont été enlevés, est depuis plusieurs années une zone dangereuse en raison des groupes armés qui y opèrent.

L’année dernière a été la plus meurtrière pour la violence islamiste militante dans la région, selon le Centre africain d’études stratégiques, une institution de recherche du département de la défense des États-Unis. Environ 4 250 personnes ont été tuées – une augmentation de 60 % par rapport à 2019 – l’État islamique dans le Grand Sahara étant lié à plus de la moitié des décès.

Mardi, les Nations unies ont déclaré qu’un nombre record de 29 millions de personnes avaient besoin d’aide humanitaire et de protection dans six pays de la région, dont le Burkina Faso et le Tchad, où l’assassinat du président Idriss Déby,la semaine dernière, pourrait déstabiliser davantage la région.

M. Déby, qui avait un bilan médiocre en matière de droits de l’homme, était une figure clé des efforts régionaux pour combattre les insurgés islamistes en alliance avec les forces françaises et africaines. Environ 1 200 soldats tchadiens ont été déployés cette année dans la zone frontalière entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger, où Al-Qaïda au Maghreb islamique a fait d’importants progrès.

Au Burkina Faso, les violences ont alimenté une crise de déplacement en forte croissance, avec plus d’un million de personnes ayant fui leur foyer depuis 2019, selon l’organe des Nations unies chargé des affaires humanitaires. Trois millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire, dans un pays qui compte 20 millions d’habitants.

Outre les violences des militants, l’armée burkinabè a tué un nombre croissant de civils, parfois dans des proportions similaires à celles des insurgés islamistes, selon des groupes de défense des droits et des analystes. En juillet, les corps d’au moins 180 hommes dont on pense qu’ils ont été tués par les forces de sécurité au cours des huit mois précédents ont été retrouvés dans le pays, selon les témoignages recueillis par les chercheurs en droits humains.

Les deux journalistes espagnols avaient l’habitude de travailler dans des zones de conflit.

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M. Beriain, 43 ans, avait effectué des reportages en Afghanistan, au Congo, en Irak et en Libye, entre autres, selon le journal régional espagnol La Voz de Galicia, pour lequel il a travaillé pendant six ans. Il a également réalisé un documentaire sur la catastrophe nucléaire de Fukushima, au Japon, et le film sur lequel il travaillait sur le Burkina Faso devait être diffusé sur Movistar, une chaîne de télévision espagnole.

M. Fraile, 47 ans, a également couvert plusieurs conflits et a été blessé en 2012 alors qu’il couvrait la guerre civile en Syrie.

L’embuscade, dans la réserve de Pama, s’est produite près du parc national de la Pendjari, où un guide béninois et deux touristes français ont été enlevés en 2019. Le guide, Fiacre Gbédji, a été tué, et les deux Français ont ensuite été secourus, bien que deux soldats français aient été tués lors d’un raid pour les libérer.

Plusieurs autres étrangers ont également été pris en otage ces dernières années. En 2016, un couple d’Australiens a été enlevé dans le nord du pays le jour où des combattants armés ont tué des dizaines de personnes dans la capitale, Ouagadougou. En 2018, une Canadienne et un Italien ont été enlevés dans le pays ; ils ont été libérés 15 mois plus tard au Mali voisin. Et en 2019, un missionnaire catholique espagnol a été tué.

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